Comment fonctionne le tri et le recyclage des articles textiles en France ?
octobre 11, 2022

Comment fonctionne le tri et le recyclage des articles textiles en France ?

Vous aussi, la dernière fois que vous êtes passée devant une benne à recyclage textile, vous vous êtes demandée « mais ça part où ce qu’on y dépose ? ». On vous explique tout ! Après avoir lu cet article, vous serez désormais incollable sur la destination finale de votre dernière paire de collants filés.

Quelques chiffres pour poser les bases

Le saviez-vous ? 600 000 tonnes de Textiles, Linge de maison/habillement, et Chaussures (qu’on nommera désormais TLC dans la suite de cet article) sont mis sur le marché en France chaque année, soit près de 10 kilos par an et par habitant. C’est énorme. Une fois hors d’usage (bonjour la fast fashion !), sur l’ensemble des déchets produits, seulement 106 000 tonnes sont collectées, soit 1,7 kg/habitant/an (15%), dont 75 000 tonnes sont réemployées et valorisées. La dure réalité, c’est souvent que la plupart des personnes (mais pas vous, on le sait) ne sont pas sensibilisées aux filières du tri et du recyclage textile, et jettent avec leurs ordures ménagères leur paire de collants filés. Après avoir lu cet article, vous saurez pourquoi il ne faut JAMAIS jeter du textile à la poubelle. 

Qui s’occupe de quoi ?

Avant d’être condamné pour inaction climatique, l’Etat français a quand même souhaité adresser cette problématique (un peu poussé par une directive de l’Union européenne, il est vrai). Il a donc créé des filières nationales de gestion des déchets, dont la filière des TLC.

Pour vous la faire courte, il a été mis en place un principe de responsabilité élargie des producteurs. Toute entreprise qui crée des « produits textiles d’habillement, des chaussures ou du linge de maison neufs destinés aux ménages est tenue de contribuer ou de pourvoir au recyclage et au traitement des déchets issus de ces produits ».

Soit ces entreprises mettent en place leur propre filière de tri et de recyclage, soit elles contribuent financièrement à un organisme créé à cet effet auquel elles adhèrent. Ce ou ces organismes agréés par l’Etat (en France, il n’y en a qu’un et c’est Eco TLC, renommé ReFashion en 2020) redistribuent de l’argent aux opérateurs de tri pour les aider à prendre en charge les coûts liés à la valorisation des déchets (réutilisation et recyclage).

A savoir : si l’article contient au moins 15% de fibres recyclées, une diminution de 50% du montant de la contribution des produits mis sur le marché est appliquée. Ca fait un peu réfléchir sur toutes les campagnes marketing qu’on a vues fleurir ces dernières années à base de « 30% de coton recyclé dans ce T-shirt ! ». On aurait aimé que l’initiative soit née avant que l’incitation financière n’existe…

Qui sont les opérateurs de tri textile en France ?

Refashion est l’éco-organisme de la Filière Textile, chargé de coordonner toutes les actions en faveur de la transition de la filière vers un modèle circulaire. De l’éco-conception des produits en vue de faciliter leur fin de vie au développement des structures des collecte / tri et transformation des déchets en une nouvelle marchandise à valeur ajoutée, Refashion fédère et accompagne plus de 5000 entreprises adhérentes.

Parmi ces entreprises, le leader, Le Relais, récupère 120 000 tonnes de TLC par an. Une quinzaine de centres de tri permettent de traiter manuellement 90 000 à 95 000 tonnes. Il existe également Gebetex, une entreprise familiale située en Normandie, qui représente le 2ème plus grand centre de tri en France. Plus connues du grand public, les associations caritatives telles que Emmaüs, Le Secours Populaire…œuvrent également à leur niveau pour récupérer les TLC que nous ne souhaitons plus et assurent un travail de tri.

Une fois que j’ai mis mes articles dans la benne ou chez Emmaüs, il se passe quoi ?

Vos articles sont pris en charge par des professionnels, et sont répartis en 3 catégories :

  • S’ils sont en très bon état, ils seront réutilisés et revendus en boutiques solidaires en France ou dans le reste du monde. Les meilleures pièces, qu’on appelle « la crème » dans le jargon, sont sélectionnées lors du premier tri. Ces pièces représentent 6 % de la collecte du Relais. Elles sont notamment envoyées dans les 73 boutiques Ding Fring, premier réseau de vêtements d'occasion en France. Des fripiers (type Eureka Fripe, Jonathan Frips, et depuis peu Rediv) les rachètent également et se chargent de la remise en vente, soit en boutique en propre (Kilo Shop…) soit dans la grande distribution et auprès de fabricants textile (ex : Kiabi).
  • Ensuite, plus de la moitié des vêtements collectés va être exportée, par exemple dans les pays de l’Est ou en Afrique, voire en Amérique du Sud. Là, leur sort est un peu plus obscur malheureusement.
  • S’ils sont trop usagés pour être reportés mais réutilisables : un tiers est recyclé et permet de fournir la matière première pour créer de nouveaux vêtements ou des matériaux isolants qui seront utilisés dans le secteur du BTP par exemple. Le coton y est extrêmement prisé !
  • S’ils sont non réutilisables et non recyclables, ils sont utilisés comme combustible alternatif en énergie.
  • Une petite part d’entre eux sera enfouie ou incinérée, au même titre que nos ordures ménagères.

Parce qu’un petit schéma vaut 1000 mots…

 

Les limites du modèle actuel et les solutions de demain

Les problématiques majeures auxquelles fait face la filière pour augmenter la part de textile réutilisé ou recyclé sont nombreuses.

D’une part, le tri s’effectue aujourd’hui majoritairement à la main. Si les étiquettes de composition ont été coupées, il est encore plus complexe de pouvoir déterminer de quelle façon le textile peut être réutilisé. A noter : les textiles composés de fibres mélangées (type 30% coton, 50% viscose, 20% polyester) sont très complexes à recycler.

Par ailleurs, le recyclage dans l’objectif de recréer de la matière première (comme du fil par exemple) a un coût supérieur à celui de la production brute de matière première.

Face à cela, les acteurs privés (comme Décathlon par exemple) travaillent sur des solutions innovantes, comme la création de produits faciles à décomposer. En 2020, 4 lauréats ont été récompensés pour leurs projets innovants. Eram a par exemple développé un démonstrateur de démantèlement des chaussures non-réutilisables par tri automatique et arrachage assisté. On peut également noter la superbe invention de la startup AURAreFIL, lauréate du challenge Refashion, qui permet de créer des fibres à partir de n’importe quel TLC ! De façon générale, d’ici 5 à 7 ans, on prévoit l’utilisation de QR Codes pour connaître la composition précise des produits et simplifier les opérations futures de tri.

Ce qu’il faut retenir, c’est que tous les acteurs privés comme publics ont bien pris connaissance du problème et commencent à s’organiser pour y pallier. L’industrialisation à grande échelle de la filière du tri ne fait que commencer ! Il n’y a plus qu’à espérer que cela limitera à terme l’export dans les pays de l’Est ou en Afrique…L’obstacle majeur réside dans le coût du recyclage, qui est aujourd’hui très élevé et les acteurs du recyclage préfèrent donc optimiser leurs coûts en vendant, même à bas prix, leurs tonnes de TLC à l’export.

Donnez moi les clés pour optimiser le recyclage et la réutilisation de mes vêtements !

Le premier réflexe à adopter serait d’y réfléchir dès l’achat du vêtement. Allez-vous l’utiliser longtemps ou sentez-vous que vous allez rapidement vous en lasser ? La matière et la composition du vêtement est-elle recyclable (attardez-vous sur l’étiquette de composition !), l’article est-il durable ou de piètre qualité ? Commencer par considérer ses achats comme de futurs déchets permet déjà de se responsabiliser et de mieux orienter nos modes de consommation.

Vous avez craqué, vous avez acheté, et après 5 ans de bons et loyaux services, il est temps de dire adieu à votre t-shirt fétiche préféré. Comment faire pour s’en débarrasser de façon responsable ? The Good Goods a écrit un article formidable à ce sujet. En voici les principales idées :

  • avoir une poubelle à textile, pour les tissus irrécupérables : comme pour le carton et le verre, une petite poubelle ou sac réservé à cet effet. Pas de prise de tête au moment de partir de chez vous, vous l’empoignez par les anses, et pouf, vous le déposez dans une benne Le Relais sur le chemin du travail. Simple, net, efficace.
  • vous avez « de la crème » (oh yeah !) : ici aussi, un sac « je donne » est utile (après avoir fait le tri avec Collection 40). Même scénario, quand il est plein, vous l’embarquez et vous le déposez au choix à la benne ou dans la boutique Emmaüs la plus proche de chez vous. Attention tout de même : les pièces doivent être propres et sèches, au risque de générer de la moisissure et contaminer les autres tissus. Idem, s’il y a des mites, on évite, au risque de contaminer toute la benne (Oh no !!). Les chaussures doivent être accrochées par paire et vos vêtements déposés dans un sac fermé (un sac plastique type Carrefour fera très bien l’affaire).
  • ne coupez plus l’étiquette de composition de vos vêtements ! Elles sont indispensable au bon déroulement du recyclage en permettant l’identification des matières premières.

Voilà, vous savez (à peu près) tout ce qu’il y a à savoir sur le tri et le recyclage de nos déchets textiles en France. Vous allez maintenant pouvoir briller en société et sensibilisez vos proches sur l’importance de ne PAS COUPER LES ETIQUETTES DE COMPOSITION (oui, ça gratte, mais c’est pour la bonne cause !).

 

Crédits photo : Provence TLC

 

Juliette-D'Arailh-autrice-du-blog-spécialiste-vêtements-d'ocassion-et-seconde-main

Un mot sur l'autrice :

Je m’appelle Juliette d’Arailh, j’ai 33 ans et je suis maman d’une petite Diane.

Après plus de 7 ans dans le conseil en gestion de projet, j’ai pris la décision de quitter mon emploi pour enfin vivre de ma passion : la mode et la seconde main. Une révélation ! 

J’ai donc lancé un projet de conciergerie, en partenariat avec Collection 40, pour accompagner les personnes dans une démarche éco-responsable vis-à-vis de leur consommation de vêtements.

Retrouvez moi sur Instagram (Le_dressing_circulaire) et n’hésitez pas à prendre rendez-vous pour bénéficier d’un accompagnement personnalisé pour faire le tri dans votre dressing et shopper des pièces exclusives, toujours en seconde main !