Le marché de la seconde main
mars 02, 2023

Le marché de la seconde main

Ah, j’espère que vous ne pensiez pas qu’on allait (encore) vous filer une bonne adresse où aller faire votre shopping responsable, ici on va plutôt parler du poids lourd que constitue la seconde main sur le plan économique. Mais restez, vous allez apprendre plein de trucs intéressants et vous pourrez encore une fois briller en société (ou au grand oral du Baccalauréat ou de l’ENA) grâce à nous !

 

L’achat et vente de produits d’occasion, mais de quoi parle-on ?

Le fait de vendre d’occasion se définit par la remise en vente d’un bien manufacturé ayant déjà fait l’objet d’un achat après sa production. Concrètement, même si l’objet a toujours son étiquette de prix, à partir du moment où il a fait l’objet d’une transaction commerciale entre un commerçant et un particulier, le bien passe « en seconde main » et devient un bien dit d’occasion. A l’heure actuelle, quasiment n’importe quel produit physique peut devenir un bien d’occasion (on ne parlera pas ici des biens immatériels comme les NFT, etc…). Remarquez, on n’a pas encore tenté de vendre des vêtements et accessoires d’occasion dans le metaverse, mais à la vitesse à laquelle ça va, rien n’est joué !

 

Vous l’aurez compris, les segments sont nombreux et touchent a peu près tous les secteurs de la vie économique. Avec un chiffre d'affaires mondial estimé à plus de 50 milliards d'euros d'ici fin 2023, le marché de l'occasion se trouve même en pleine croissance depuis près d'une dizaine d'années. Depuis le temps qu’on vous dit que l’occasion c’est tendance ! Parmi les marchés les plus juteux, l’électronique, avec le boom du reconditionné. En 2018, le marché du smartphone reconditionné a progressé de 7% pour atteindre 2,1 millions d’unités vendues. Et ce n’est qu’un début. Avec l’entrée en vigueur d’un « indice de réparabilité » qui accompagne tous les produits électroniques et électroménagers depuis 2020, le phénomène devrait encore s’accentuer dans les années à venir. Le marché de la voiture d’occasion est (était ?) également un véritable eldorado jusqu’en 2022 où il a brutalement chuté pour retrouver un niveau identique à 2009. En cause ? L’attentisme des consommateurs face à la récession économique mondiale mais également la raréfaction du volume de biens d’occasion automobiles mis sur le marché, conséquence directe de la crise de production que traverse le secteur depuis 4 ans. Le marché de l’occasion en ce qui concerne les meubles est également assez porteur tout comme celui de la mode bien évidemment. En 2021, le marché mondial de la seconde main dans le secteur de la mode et du luxe est ainsi estimé à 34 milliards d’€. Et ça, c’est aussi grâce à vous !

Bref, vous l’aurez compris : tout est bon dans l’occasion. Dans le reste de cet article, nous allons nous concentrer sur le marché français (on n’est pas particulièrement chauvines chez Collection 40 mais on se doute que c’est ce qui vous intéresse le plus).

 

Et la France dans tout ça ?

En Europe, le marché de l’occasion (tous secteurs confondus) est aujourd’hui estimé à 86 milliards d’euros. La France à elle seule en représente 7 milliards d’euros dont 1,16 milliards pour le textile, selon une étude de la fintech Tripartie.

Pour vous donner une idée, en 2021, 91% des français ont déjà acheté un produit de seconde main.

En France, dans le top 5 des achats d'occasion en 2020, on retrouve les meubles (51%), les voitures (47%), les vêtements (44%), les livres (42%), ainsi que les jeux et jouets (40%). En terme de croissance, l’enquête de l’Observatoire Natixis Payments indique que la mode (habillement, accessoires, chaussures…) est le premier secteur à profiter de cet engouement général, avec une progression du marché de + 140 % entre 2019 et 2021 et prévoit une croissance exponentielle d’ici 2024 (soit 25 fois le niveau de croissance attendu dans l’e-commerce).

A noter que l’une des spécificités du marché de la seconde main repose sur son modèle dit « biface », à savoir que les Français achètent de plus en plus de seconde main et qu’ils en revendent également un certain volume, en particulier sur internet. Ainsi, 70% des cyberacheteurs en 2021 ont mis en ligne des articles de seconde main pour les vendre.

En parallèle, du point de vue des professionnels, la législation évolue (pour notre plus grand bonheur). La récente loi AGEC (Anti Gaspillage et Economie Circulaire) qui prendra effet fin 2023 interdit, entre autres, la destruction d’invendus non alimentaires. Ces articles représentent aujourd’hui 3% du CA des entreprises concernées, soit 4 milliards € de marchandises chaque année.

 

Qui achète quoi et où ?

On note une tendance de fond qui ne se dément pas en France : les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l’impact de leurs modes de consommation sur l’environnement ainsi qu’à leur pouvoir d’achat (coucou l’inflation !). Et cette tendance est particulièrement vraie en ce qui concerne le marché de la seconde main sur internet. En 2020, 59% des français se rendaient sur le net pour acheter ou vendre en seconde main (contre 15% en magasin). Le meilleur exemple pour illustrer cette tendance est de constater la présence de deux poids lourds spécialistes de la seconde main sur le marché du e-commerce français, j’ai nommé Vinted (of course) et Le Bon Coin. Dans le top 5 des enseignes de l’e-commerce français, Le Bon Coin est en 2ème position derrière Amazon et Vinted en 5ème position avec près de 5 millions de visiteurs français par jour. A noter que la quasi-totalité des acteurs du Top 20 propose une offre de seconde main. Comme le dit Adam Jay, CEO de Vinted « L’achat et la vente de produits d’occasion est facilité par le recours au digital ». Un constat partagé par Philippe Berlan, CEO de La Redoute.

Les Millenials et la Génération Z sont plus sensibles aux enjeux de consommation durable et représentent la majeure partie des consommateurs de seconde main. En ce qui concerne le e-commerce, la tranche d’âge des 50 à 64 ans se montre plus frileuse, peut-être moins à l’aise avec les outils digitaux et craintive des arnaques en ligne. Ce qui va d’ailleurs nous amener au point suivant.

 

Quelles limites aujourd’hui à l’achat de seconde main ?

Les principaux freins recensés quant à l’essor du marché de la seconde main sont principalement au nombre de 3.

Le prix reste un critère fondamental dans le choix de consommation (en particulier à l’heure actuelle). Seulement 39% des français sont prêts à payer plus cher pour des articles dits « responsables ». C’est pour ça qu’on vous renvoie gentiment vers notre article sur la mode durable, où vous pourrez piocher des idées pour consommer plus responsable à moindre coût. Cet aspect est également compréhensible du fait de la valeur d’usage du produit, puisque qui dit seconde main dit « déjà utilisé ». Le prix reste donc un facteur stratégique. Hors marketplace (de particulier à particulier notamment), la mise en vente d’un article d’occasion nécessite souvent une forme de reconditionnement (recoudre un bouton, repasser l’article…) qui implique donc de la manutention (et on le sait, l’humain ça coûte cher). Idem pour les points de vente physique type friperies, dépôt-vente, etc. qui ont des charges fixes de plus en plus élevées (loyer, électricité, salariés…). Face à la fast-fashion (Shein en tête) qui se livre à une guerre des prix sans merci, le marché de la mode de seconde main doit donc arriver à trouver son point d’équilibre entre qualité et attractivité de l’offre versus prix psychologique que les acheteurs sont prêts à payer pour acquérir un article d’occasion. Point d’attention néanmoins pour les articles de luxe dont la valeur en seconde main peut parfois dépasser la valeur du neuf, du fait de la rareté de l’objet (on pense par exemple aux grandes maisons comme Chanel ou Hermès). Le vintage a encore de très beaux jours devant lui !

Le manque de transparence et la traçabilité des produits rendent également les consommateurs méfiants. Effectivement, avec l’essor du dropshipping (pas merci les influvoleurs !) et les risques de contrefaçon inhérents au marché du luxe de seconde main, 23% des cyberacheteurs n’achètent pas de produits d’occasion sur internet car aucune garantie n’existe. D’après une étude de la FEVAD, plus de 4 cyberacheteurs sur 5 considèrent que la sécurité des transactions et la protection des données personnelles sont des axes prioritaires à développer.

La garantie (en particulier pour les produits reconditionnés) est également un enjeu clé pour permettre au marché de la seconde main de poursuivre son développement et toucher de plus en plus de consommateurs.

 

Quels seront les nouveaux modèles de demain ?

Nous n’avons pas de boule de cristal, mais nous pouvons légitimement déjà avancer quelques idées et tendances de fond observées.

Le modèle de consommation traditionnel basé sur l’achat et l’usage via la possession s’atténuera peu à peu et laissera place à une logique d’usage. Ainsi, l’échanges de services entre particuliers (coucou Nextdoor), la location entre particuliers ou de professionnels à particuliers, le troc…sont autant de modèles alternatifs qui séduisent de plus en plus de français. Du point de vue des professionnels, on peut par exemple citer Lizee qui propose aux enseignes un logiciel e-commerce et logistique leur permettant de mettre à la location et à la vente de seconde-main leurs produits.

On assiste également à l’émergence de nouveaux business modèles qui proposent du « Resale as a Service ». C’est le cas par exemple de la start-up Relfaunt, incubée chez LVMH (rien que ça !). Reflaunt connecte les marques et enseignes avec les consommateurs de seconde main. En échange d’une pièce déjà utilisée d’une certaine marque, le consommateur peut acquérir des bons d’achat de cette même griffe. Un petit point d’attention néanmoins concernant ce modèle qui peut en réalité pousser à reconsommer des produits de « première main » et limiter donc l’impact durable de la démarche. En réalité, il y a fort à parier que le marché de la seconde de main du futur tirera son épingle du jeu via l’offre de service. C’est dans cette optique que s’inscrivent les collectes à domicile proposées par Collection 40. En s’adressant au marché des particuliers, Collection 40 offre un service clé en main pour vendre facilement et en une seule fois les vêtements qui ne sont plus portés, et contribue ainsi à rendre la mode plus circulaire.

On a vu également apparaître UMAINS, qui propose une gestion des invendus et défectueux non alimentaires (collecte et traçabilité) ainsi qu’une plateforme de dons et de revente des produits de seconde main. Grâce à un écosystème de bénéficiaires de l’économie circulaire, Umains propose différentes options de valorisation : dons à des associations, vente de produits réemployables et réparables, vente à des upcycleurs, ou recyclage.

En ce qui concerne l’enjeu de traçabilité et d’authenticité mentionné précédemment, l’utilisation de NFT (« jetons non fongibles ») émis en même temps qu’un objet physique proposé par une marque et son certificat d’authenticité numérique non copiable fournit aux consommateurs une preuve d’achat solide ! Ba&sh a ainsi développé un parcours simplifié de revente de ses produits sur les site entre particuliers via un « smart button » dans leurs historiques de commandes. Dans le secteur du luxe, Chloé s’est lancé dans un partenariat intéressant avec Vestiaire Collective. Un QR code placé sur les pièces de la capsule Chloé Vertical permettra aux acheteurs d’accéder à l’ensemble des informations sur la composition du produit (matière, fabrication…), obtenir un certificat d’appartenance ainsi qu’un lien d’accès privilégié à la plateforme pour toucher le prix de revente du produit via un bon d’achat. On n’arrête pas le progrès !

 

La seconde main, un éternel recommencement ?

Pour conclure, la seconde main c’est bien parti pour durer ! Et c’est là tout l’enjeu du futur de l’occasion. Les objets conçus aujourd’hui doivent désormais s’inscrire dans un objectif de durabilité, afin que leur valeur marchande se pérennise au maximum. Le cycle de vie des produits s’est considérablement étendu et ne se limite plus au « tout jetable ». Le développement de produits éco-responsables accompagnés d’un index de durabilité est la clé ! Le développement de nouvelles technologies comme les NFT viendront au secours des utilisateurs les plus frileux, en leur garantissant la sécurité et la traçabilité dont le marché manque encore aujourd’hui.

Nous espérons que cet article vous a permis de mieux appréhender les données clés du marché de la seconde main et de ses évolutions à venir, en particulier en ce qui concerne la mode. De notre côté, on reste disponibles pour vous aider à adopter des pratiques plus responsables, notamment en redonnant une seconde vie à votre penderie !

 

Un mot sur l'autrice :

Je m’appelle Juliette d’Arailh, j’ai 33 ans et je suis maman d’une petite Diane.

Après plus de 7 ans dans le conseil en gestion de projet, j’ai pris la décision de quitter mon emploi pour enfin vivre de ma passion : la mode et la seconde main. Une révélation ! 

J’ai donc lancé un projet de conciergerie, en partenariat avec Collection 40, pour accompagner les personnes dans une démarche éco-responsable vis-à-vis de leur consommation de vêtements.

Retrouvez moi sur Instagram (Le_dressing_circulaire) et n’hésitez pas à prendre rendez-vous pour bénéficier d’un accompagnement personnalisé pour faire le tri dans votre dressing et shopper des pièces exclusives, toujours en seconde main !